Molécule \(\mathrm{H}_2\) : des orbitales LCAO aux intégrales \(J\), \(K\) et aux courbes d’énergie

Cette page décrit le modèle utilisé dans les programmes molecule_h2_01_03_integrales_2e.py et molecule_h2_01_08_visualisation_energies_contributions.py. Les unités internes sont les unités atomiques : \(e=\hbar=m_e=4\pi\varepsilon_0=1\).

1. Hamiltonien électronique de \(\mathrm{H}_2\)

Les deux protons \(A\) et \(B\) sont supposés fixes, séparés par la distance internucléaire \(R\). C’est l’approximation de Born–Oppenheimer. Pour les deux électrons \(1\) et \(2\), le Hamiltonien électronique est :

\[ \hat H_{\mathrm{el}} = \hat h(1)+\hat h(2) + \frac{1}{r_{12}}, \]

avec l’opérateur à un électron :

\[ \hat h(i) = -\frac12\nabla_i^2 -\frac{1}{r_{iA}} -\frac{1}{r_{iB}}. \]

L’énergie totale de la molécule doit aussi contenir la répulsion entre les deux protons :

\[ V_{pp}(R)=\frac{1}{R}. \]

Pour une fonction électronique normalisée \(\Psi\), on calcule donc :

\[ E(R) = \langle\Psi|\hat H_{\mathrm{el}}|\Psi\rangle + \frac{1}{R}. \]

2. Base atomique minimale et orbitales moléculaires

On prend une orbitale hydrogénoïde \(1s\) sur chaque noyau :

\[ \phi_A(\mathbf r) = \frac{1}{\sqrt{\pi}}e^{-r_A}, \qquad \phi_B(\mathbf r) = \frac{1}{\sqrt{\pi}}e^{-r_B}. \]

Le recouvrement entre ces orbitales vaut :

\[ S(R) = \langle\phi_A|\phi_B\rangle = e^{-R} \left( 1+R+\frac{R^2}{3} \right). \]

Les deux combinaisons linéaires adaptées à la symétrie d’inversion sont :

\[ \phi_g = \frac{\phi_A+\phi_B} {\sqrt{2(1+S)}}, \] \[ \phi_u = \frac{\phi_A-\phi_B} {\sqrt{2(1-S)}}. \]

Elles sont normalisées et orthogonales :

\[ \langle\phi_g|\phi_g\rangle=1, \qquad \langle\phi_u|\phi_u\rangle=1, \qquad \langle\phi_g|\phi_u\rangle=0. \]

3. Énergies orbitalaires à un électron

On introduit les éléments de matrice :

\[ H_{AA} = \langle\phi_A|\hat h|\phi_A\rangle, \qquad H_{AB} = \langle\phi_A|\hat h|\phi_B\rangle. \]

Pour les orbitales moléculaires \(g\) et \(u\), les valeurs moyennes de l’opérateur à un électron sont :

\[ \varepsilon_g = \langle\phi_g|\hat h|\phi_g\rangle = \frac{H_{AA}+H_{AB}}{1+S}, \] \[ \varepsilon_u = \langle\phi_u|\hat h|\phi_u\rangle = \frac{H_{AA}-H_{AB}}{1-S}. \]

Dans la base \(1s\), les formules utilisées par le programme sont :

\[ H_{AA} = -\frac12 -\frac{1}{R} + e^{-2R} \left( 1+\frac{1}{R} \right), \] \[ H_{AB} = -\frac12 S - e^{-R}(1+R). \]
Les quantités \(\varepsilon_g\) et \(\varepsilon_u\) ne sont pas, à elles seules, les énergies observables de la molécule à deux électrons. Elles sont des contributions à un électron entrant dans les énergies totales.

4. Intégrales à deux électrons

4.1 Notation générale

Pour quatre orbitales réelles \(a,b,c,d\), on définit :

\[ (ab|cd) = \iint a(\mathbf r_1)b(\mathbf r_1) \frac{1}{r_{12}} c(\mathbf r_2)d(\mathbf r_2) \,d\tau_1\,d\tau_2. \]

Cette notation décrit l’interaction coulombienne entre deux densités généralisées :

\[ \rho_{ab}(\mathbf r)=a(\mathbf r)b(\mathbf r), \qquad \rho_{cd}(\mathbf r)=c(\mathbf r)d(\mathbf r). \]

4.2 Intégrales coulombiennes \(J\)

Pour deux orbitales \(p\) et \(q\), l’intégrale coulombienne est :

\[ J_{pq} = (pp|qq) = \iint |\phi_p(1)|^2 \frac{1}{r_{12}} |\phi_q(2)|^2 \,d\tau_1\,d\tau_2. \]

Dans le programme, on calcule :

\[ J_{gg}=(gg|gg), \] \[ J_{gu}=(gg|uu), \] \[ J_{uu}=(uu|uu). \]

Ces intégrales sont toujours positives. Elles représentent la répulsion électrostatique moyenne entre les densités électroniques correspondantes.

4.3 Intégrale d’échange \(K\)

Pour deux orbitales différentes \(g\) et \(u\), on définit :

\[ K_{gu} = (gu|ug). \]

Comme les orbitales sont réelles :

\[ K_{gu} = \iint \phi_g(1)\phi_u(1) \frac{1}{r_{12}} \phi_g(2)\phi_u(2) \,d\tau_1\,d\tau_2. \]

L’intégrale d’échange ne correspond pas à une répulsion classique entre deux densités positives. Elle provient de l’indiscernabilité des électrons et de l’antisymétrisation de la fonction d’onde totale.

Le signe de \(K_{gu}\) dans l’énergie dépend de la symétrie de la partie spatiale : \(+K_{gu}\) pour la combinaison spatiale symétrique, et \(-K_{gu}\) pour la combinaison spatiale antisymétrique.

5. Principe de l’antisymétrisation

La fonction d’onde totale doit changer de signe lorsque les deux électrons sont échangés :

\[ \Psi(1,2)=-\Psi(2,1). \]

Elle est le produit d’une partie spatiale et d’une partie de spin.

État de spin Symétrie du spin Symétrie spatiale imposée
Singulet \(S=0\) Antisymétrique Symétrique
Triplet \(S=1\) Symétrique Antisymétrique

6. Configuration fermée \((1\sigma_g)^2\)

Les deux électrons occupent l’orbitale \(g\). La partie spatiale est :

\[ \Psi_{gg}(1,2) = \phi_g(1)\phi_g(2). \]

Les deux électrons placés dans la même orbitale doivent former un singulet. La contribution à un électron est :

\[ \langle\Psi_{gg}| \hat h(1)+\hat h(2) |\Psi_{gg}\rangle = 2\varepsilon_g. \]

La répulsion électronique vaut :

\[ \langle\Psi_{gg}| \frac{1}{r_{12}} |\Psi_{gg}\rangle = J_{gg}. \]

L’énergie totale tracée est donc :

\[ \boxed{ E_{gg}(R) = 2\varepsilon_g(R) + J_{gg}(R) + \frac{1}{R} } \]

Il n’y a pas de terme d’échange séparé : pour deux électrons de spins opposés dans la même orbitale, l’énergie s’écrit directement avec \(J_{gg}\).

7. Configuration ouverte \(1\sigma_g1\sigma_u\)

Un électron occupe \(g\) et l’autre \(u\). Deux combinaisons spatiales normalisées sont possibles.

7.1 Partie spatiale symétrique : état singulet

\[ \Psi_{gu}^{(+)} = \frac{1}{\sqrt2} \left[ \phi_g(1)\phi_u(2) + \phi_u(1)\phi_g(2) \right]. \]

Elle doit être associée au spin singulet. On obtient :

\[ \left\langle \Psi_{gu}^{(+)} \left| \hat h(1)+\hat h(2) \right| \Psi_{gu}^{(+)} \right\rangle = \varepsilon_g+\varepsilon_u, \] \[ \left\langle \Psi_{gu}^{(+)} \left| \frac{1}{r_{12}} \right| \Psi_{gu}^{(+)} \right\rangle = J_{gu}+K_{gu}. \]

L’énergie totale est :

\[ \boxed{ E_{gu}^{S}(R) = \varepsilon_g(R)+\varepsilon_u(R) + J_{gu}(R)+K_{gu}(R) + \frac{1}{R} } \]

7.2 Partie spatiale antisymétrique : état triplet

\[ \Psi_{gu}^{(-)} = \frac{1}{\sqrt2} \left[ \phi_g(1)\phi_u(2) - \phi_u(1)\phi_g(2) \right]. \]

Elle doit être associée au spin triplet. La partie à un électron reste :

\[ \varepsilon_g+\varepsilon_u. \]

La répulsion électronique devient :

\[ J_{gu}-K_{gu}. \]

L’énergie totale est donc :

\[ \boxed{ E_{gu}^{T}(R) = \varepsilon_g(R)+\varepsilon_u(R) + J_{gu}(R)-K_{gu}(R) + \frac{1}{R} } \]

L’écart singulet–triplet vaut :

\[ E_{gu}^{S}-E_{gu}^{T} = 2K_{gu}. \]
Dans cette approximation, le triplet \(1\sigma_g1\sigma_u\) est plus bas que le singulet correspondant, car son énergie contient \(-K_{gu}\).

8. Configuration fermée \((1\sigma_u)^2\)

Les deux électrons occupent l’orbitale antiliante \(u\) :

\[ \Psi_{uu}(1,2) = \phi_u(1)\phi_u(2). \]

Comme pour \((1\sigma_g)^2\), il s’agit nécessairement d’un singulet :

\[ \boxed{ E_{uu}(R) = 2\varepsilon_u(R) + J_{uu}(R) + \frac{1}{R} } \]

9. Résumé des quatre courbes d’énergie

Configuration Énergie totale
\((1\sigma_g)^2\), singulet \(2\varepsilon_g+J_{gg}+1/R\)
\(1\sigma_g1\sigma_u\), singulet \(\varepsilon_g+\varepsilon_u+J_{gu}+K_{gu}+1/R\)
\(1\sigma_g1\sigma_u\), triplet \(\varepsilon_g+\varepsilon_u+J_{gu}-K_{gu}+1/R\)
\((1\sigma_u)^2\), singulet \(2\varepsilon_u+J_{uu}+1/R\)

10. Courbes de contributions à l’énergie

Pour la configuration sélectionnée, le nouveau programme trace quatre fonctions de \(R\), et non plus quatre barres évaluées à une seule distance.

Courbe Expression selon la configuration
Contribution orbitale \(2\varepsilon_g\), ou \(\varepsilon_g+\varepsilon_u\), ou \(2\varepsilon_u\)
Contribution coulombienne \(J_{gg}\), \(J_{gu}\) ou \(J_{uu}\)
Contribution d’échange \(0\), \(+K_{gu}\), \(-K_{gu}\) ou \(0\)
Répulsion nucléaire \(V_{pp}=1/R\)

À la distance choisie par le curseur, une droite verticale et quatre points indiquent simultanément les valeurs de ces contributions.

La somme des quatre courbes redonne exactement la courbe d’énergie totale :

\[ E_{\mathrm{total}}(R) = E_{\mathrm{orb}}(R) + J(R) + E_{\mathrm{échange}}(R) + \frac{1}{R}. \]

11. Limites du modèle

Les quatre courbes sont donc les énergies de configurations simples dans une base LCAO minimale. Elles sont très utiles pour comprendre le rôle de \(J\), de \(K\), de la symétrie spatiale et du spin, mais elles ne constituent pas encore une description quantitative complète du spectre de \(\mathrm{H}_2\).

12. Lecture physique de la figure interactive

Le curseur \(R\) synchronise quatre lectures complémentaires :

Le minimum d’une courbe d’énergie totale donne la distance d’équilibre prédite pour cette configuration. Les courbes de contributions permettent ensuite de comprendre comment la stabilisation orbitale, la répulsion électronique, l’échange et la répulsion proton–proton se compensent.